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La fin des « buteurs-nés » ?

En marquant mardi dernier son 71ème but en Coupes d’Europe, Raùl est devenu le seul meilleur buteur de l’histoire des compétitions européennes. Une belle revanche envers son club de cœur, le Real Madrid, qui l’a poussé vers la sortie l’été dernier, pour enrôler Emmanuel Adebayor cet hiver. Choix symptomatique de ce qui préfigure la fin imminente des « buteurs-nés ». Explications.

Des finisseurs hors-normes…

On parle ici du buteur-né, du finisseur instinctif, du goleador, du renard des surfaces. Pas de l’attaquant capable de marquer 20 buts sur une saison et puis plus rien. Pas de l’attaquant régulier qui atteint péniblement sa petite dizaine de buts par saison. Pas du joueur offensif décrété attaquant par manque de solutions alternatives. Pas même de l’attaquant complet, buteur et joueur. Non, on parle ici de cette race d’avant-centre qui ne jure que par le but et qui ne se sent à l’aise qu’une fois entré dans la surface de vérité.
Le prototype même de cette trempe d’attaquant est sans nul doute le goleador  sud-américain, en particulier argentin. De Mario Kempes à Diego Milito en passant par l’exceptionnel Gabriel Batistuta, ces avants-centres ont laissé une trace indélébile dans l’histoire du football autant que de cauchemars aux défenseurs et gardiens de tous les continents. Un prototype qui demeure mystérieux comme le revendique Batigol : « On naît buteur, ça ne s’apprend pas. (…) C’est du pur instinct » ou David Trezeguet : « Buteur, c’est un don. On naît avec le sens du but dans le sang. »

Gabriel Batistuta

Batistuta peut être considéré comme le modèle de ces renards des surfaces, impressionnés notamment par son sens du but exceptionnel et sa présence dévastatrice dans la surface de réparation. Véritable idole du côté de Florence, il est le meilleur buteur de l’histoire de la Fiorentina en Série A avec 168 buts et de la sélection nationale argentine avec 56 buts en 78 capes. Durant toute sa carrière, il a trouvé le chemin des filets à plus de 350 reprises pour 630 matchs disputés. Un tueur, aujourd’hui retiré du circuit. Hernan Crespo, un de ses plus fameux disciples, a lui aussi martyrisé des dizaines de défense dans tous les clubs où il est passé. Toujours en activité du côté de Parme, le club qui l’a révélé, son tableau de chasse affiche près de 290 buts. Reconnu plus récemment, Diego Milito a réalisé en 2009-2010 la saison de sa vie sous les couleurs de l’Inter Milan. Pour sa première année chez les Nerazzurri, il participe activement au triplé en inscrivant 30 buts dont un doublé historique en finale de la Champion’s League. Enfin dans cette fameuse lignée, comment ne pas citer David Trezeguet ? Né en France, le petit David passe toute son enfance à Buenos Aires et développe son formidable talent dans la plus pure tradition argentine : « On avait dessiné les cages sur une petite porte, et je ne devais pas mettre la balle à côté. Je pouvais y passer des heures infinies. (…) Moi, j’adorais ça. » Débarqué en Europe, il ne la met effectivement pas beaucoup à côté. 171 buts en 320 matchs avec la Juventus de Turin, il devient le meilleur buteur étranger de la Vieille Dame et forme avec Del Piero le duo le plus prolifique de l’histoire du club. Aujourd’hui à Hercules Alicante, il continue de planter, dans son style si caractéristique.

Ces icônes argentines ne sont pas les seules dans le cercle très fermé des purs finisseurs. Petit tour d’horizon, en commençant par l’incroyable Raùl. En plus de son record européen, l’attaquant espagnol, légende du Real Madrid après 16 saisons passées au club, détient le record de buts inscrits en faveur des Merengues avec 323 banderilles mais aussi de la sélection espagnole avec 44 buts (à égalité avec David Villa). Il fait aujourd’hui le bonheur des allemands de Schalke « Nul Vier ». Toujours à la course pour la place suprême en compétition européenne, Pippo Inzaghi est certainement LE renard des surfaces par excellence. Carlo Ancelotti, son ancien entraîneur à l’AC Milan, le confirme : « Dans la surface, ce n’est pas Inzaghi qui va vers le ballon, c’est le ballon qui va vers Inzaghi. » Il a ainsi inscrit, pour l’instant, plus de 300 buts dont 125 avec le club milanais. Illicite (cf : « Inzaghi est né hors-jeu » dixit Sir Alex Ferguson) ou raccro, peu importe, le ballon est toujours au fond avec SuperPippo ! Sacré meilleur buteur dans trois championnats différents (Pays-Bas, Angleterre et Espagne), Ruud Van Nistelrooy facture aujourd’hui plus de 350 buts ce qui en fait, sans conteste, l’un des meilleurs finisseurs de l’histoire. Enfin, dans la plus pure tradition allemande, Miroslav Klose, deuxième meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du Monde avec 14 buts, est lui aussi un buteur patenté. Il en est à près de 225 « Tore » sous ses différents maillots.
Cette sélection met aussi en lumière certains jeunes retraités. Bien connu dans notre championnat de France, Pedro Miguel Pauleta a brigué le record de meilleur buteur du PSG en inscrivant 109 buts sous les couleurs parisiennes. Au global, il a planté 332 buts tout au long de son parcours professionnel. Véritable chasseur de but, Alan Shearer a marqué plus de 400 buts au cours de ses dix-huit ans de carrière au plus haut niveau. Il est notamment le meilleur buteur du championnat d’Angleterre depuis la création de la Premier League en 1992. Enfin, figure légendaire des Celtic Glasgow, le suédois Henrik Larsson émarge également à plus de 400 buts. Ce formidable bilan, qui s’explique bien évidemment par le niveau inférieur du championnat écossais, est mis en relief par ses apparitions terriblement efficaces du côté de Barcelone et de Manchester.

…poussés à la retraite

Outre leur formidable qualité de finisseur, ces attaquants ont d’autres points communs. Premièrement, ils sont âgés ! Inzaghi a 37 ans, Crespo 35 ans, Van Nistelrooy 34 ans, Trezeguet et Raùl 33 ans, Klose 32 ans et Milito 31 ans. Autant dire que la retraite est proche. Les autres cités le sont déjà ! Deuxièmement, le plus intéressant ici, ils n’ont plus la cote dans les grands clubs. Certains ont même été poussés vers la sortie. Depuis deux ou trois intersaisons, les rumeurs concernant un éventuel départ de Trezeguet de la Juve abondaient. Il a finalement rejoint Alicante cet été, après dix ans de fidélité au club piémontais, le passage en Série B compris. Raùl, monument du Real Madrid après 16 années passées au club, s’est vu petit à petit relégué dans la hiérarchie des attaquants des Merengues. Il a donc pris la décision de poursuivre sa carrière sous les cieux de Gelsenkirchen. Van Nistelrooy, d’abord chassé de Manchester vers le Real Madrid, puis du club madrilène vers Hambourg, a subi le même sort. Crespo a lui choisi de retourner dans son club de cœur, Parme, afin de gagner à nouveau du temps de jeu, après un passage raté du côté du Genoa. Pour Inzaghi, Milito et Klose, la situation est légèrement différente. L’attaquant italien, sans être titulaire, a toujours la confiance de son club, plutôt dans un rôle de joker. En témoigne son doublé contre le Real Madrid en début de saison, avant qu’il ne se blesse gravement. Il a la chance de figurer dans un des derniers clubs qui fait encore confiance aux « anciens ». Après une saison de feu, Milito marque le pas. Il n’est plus titulaire indiscutable, souffre du replacement d’Eto’o dans l’axe et doit faire face à la nouvelle concurrence de Pazzini. Enfin, Klose, quant à lui, pâtit depuis plusieurs mois du manque d’intérêt de la part de son entraîneur Louis Van Gaal. Il n’est que trop rarement aligné sur la pelouse avec le Bayern, contrairement à la sélection nationale où il carbure toujours aussi fort.
Comment expliquer alors ce désamour envers ces buteurs hors-normes ?
Aujourd’hui, le football a clairement évolué dans son approche vis-à-vis des avants-centres comme en témoigne Trezeguet : « C’est l’évolution du football qui veut ça. Aujourd’hui, on demande à l’attaquant de courir partout, de faire le pressing, ou le pivot. » Le football moderne cherche donc des attaquants complets à l’image de Ronaldo, Henry ou Shevchenko, précurseurs de cette mutation. En d’autres termes, des joueurs rapides, techniques, physiques, collectifs et buteurs bien sûr ! Les grands avants-centres actuels se sont inspirés de ces derniers. Torres, Ibrahimovic, Van Persie ou Drogba se sont imposés grâce à leur qualité technique, leur puissance physique et leur sens du but. Certains joueurs, au profil un peu moins offensif, ont réussi eux-aussi, dans la durée, à s’inscrire au panthéon des grands buteurs à l’image de Del Piero ou Totti. Les entraîneurs demandent également de plus en plus aux attaquants de participer au jeu et de travailler défensivement. Samuel Eto’o, triple vainqueur de la Ligue des Champions, fut contraint l’année dernière par Mourinho de jouer sur l’aile gauche et, de ce fait, de participer énormément au repli défensif. Thierry Henry, dès son arrivée au Barça, fut, lui aussi, basculé sur l’aile gauche, ce qui marqua progressivement son déclin sportif, malgré une belle saison 2008-2009. Rooney ou Tevez, grands buteurs, sont également au cœur du jeu de leur équipe respective, en partant très souvent du milieu de terrain. David Villa, meilleur buteur de la sélection espagnole, est aujourd’hui exilé sur le côté gauche du FC Barcelone, pour répondre au besoin du jeu catalan. Enfin, la place est aujourd’hui faite pour des joueurs inclassables, créatifs et buteurs à l’image de Messi et Ronaldo, capables d’évoluer à tous les postes de l’attaque et d’exploser les compteurs buts. En témoigne la saison 2007/2008 de Cristiano Ronaldo alors auteur de 46 buts toutes compétitions confondues, et affichant déjà 213 buts à son tableau de chasse depuis le début de sa carrière. Quant à Messi, il en est déjà à 40 cette saison ! Dans cette nouvelle configuration, les attaquants de la « vieille école » donc n’ont pas les armes intrinsèques pour rivaliser. Ils ne sont pas suffisamment complets, chacun misant sur une ou deux grandes qualités pour se focaliser uniquement sur le but : le flair d’Inzaghi, l’aisance technique de Van Nistelrooy, le placement de Raùl, la précision de Trezeguet, le sang-froid de Klose ou encore la grinta de Crespo.
Enfin, c’est aussi une question d’image. De plus en plus, les clubs cherchent à rajeunir au maximum leur effectif à l’instar de la nouvelle politique du Real Madrid. Depuis quelques intersaisons, les dirigeants madrilènes ont recruté de jeunes joueurs internationaux, à la fois talentueux mais aussi attractifs en termes d’image. Les venues de Cristiano Ronaldo, Benzema, Özil, Di Maria ou encore Higuain ont marqué un tournant dans la stratégie du club qui se focalisait auparavant uniquement sur des stars « galactiques ». Le club cherche aujourd’hui à allier la qualité footballistique, l’apport pour le collectif, l’exigence de spectacle et l’intérêt marketing. Sur ce plan, les renards des surfaces sont bien moins « bankable ». Ils souffrent d’un déficit d’image aussi bien sur le terrain qu’en dehors. Trezeguet le reconnait : « Personnellement, je ne suis pas de ceux qui aiment fanfaronner devant les caméras. (…) Je n’ai pas envie de me montrer pour que les gens m’aiment. (…) Ce n’est peut-être pas un bon choix stratégique de ma part, mais je l’assume. » De plus, dans l’élan du Barça, beaucoup de clubs tentent de se tourner une philosophie de jeu plus offensive autour d’un jeu plus construit. Dans ces nouveaux schémas, le style de jeu, moins créatif et moins spectaculaire, des considérés ne peut s’y retrouver. Trezeguet, toujours, le reconnaît : « J’ai conscience que je n’ai jamais été celui qui faisait rêver les foules. (…) J’ai conscience d’être un joueur lent (…) Mais ma tête va très vite. C’est sans doute moins spectaculaire, mais le geste est toujours juste.  » Toujours juste, oui, mais semble-t-il pas suffisant pour les nouvelles exigences du football moderne.

Clap de fin ?

L’évolution du jeu et du style des attaquants modernes ne laissent que peu d’espoir quant à l’avenir de ce type d’avant-centre. Pour s’en convaincre, quoi de mieux que d’observer la meilleur équipe de monde à l’heure actuelle ? Le FC Barcelone joue sans véritable avant-centre, David Villa étant exilé sur l’aile gauche, pendant que Messi occupe l’axe en toute liberté. Pourtant, le pouvoir offensif des blaugranas est impressionnant. Même si tout le monde n’est pas le Barça, cette évolution est plutôt généralisée. Les clubs misent avant tout sur un jeu offensif porté essentiellement par des attaquants polyvalents, capables de faire des différences et de marquer.  Les listes d’effectifs et de sélections nationales apportent d’ailleurs la preuve noir sur blanc. On y inscrit des joueurs tels Ribéry, Malouda ou Nasri dans la case attaquant au même titre qu’Henry. De quoi brouiller les cartes et la distribution des rôles.
Autre explication édifiante, les nouveaux attaquants, au profil initial de pur finisseur, s’éloigne peu à peu de cette catégorie. Même la tradition sud-américaine s’adapte à cette évolution. Edinson Cavani, attaquant uruguayen, réalise une superbe saison du côté du Napoli. Il possède, dans la surface, toutes les caractéristiques du buteur patenté, mais est aussi capable de décocher une frappe de 35 mètres en pleine lucarne et de jouer des combinaisons rondement menées avec ses compères Lavezzi et Hamsik. En bref, un goleador complet ! Son compatriote Luis Suarez, fraîchement débarqué à Liverpool, a un profil similaire. Instinct de tueur dans la zone de vérité et qualité technique et physique pour participer au jeu. Enfin, la relève argentine emmenée par Gonzalo Higuain suit la même tendance. Le madrilène affiche des statistiques impressionnantes avec 74 buts sous le maillot merengue et 7 buts en 14 sélections avec l’Albiceleste. Vif, technique et physique, sans être génial, il possède une efficacité dans le dernier geste remarquable. C’est certainement lui qui se rapproche aujourd’hui les plus de ses glorieux aînés.

David Trezeguet

Pendant ce temps-là, les « vieux » font de la résistance. Trezeguet en tête : « On est des joueurs d’une autre époque, mais on est toujours d’actualité. Notre force c’est notre rareté. A notre poste et pour marquer des buts, on n’a pas beaucoup de concurrence. » Et comme le veut l’adage, le buteur ne meurt jamais. Le Français a déjà inscrit 10 buts cette saison au sein d’une équipe qui se bat pour le maintien. Raùl en est à 13, dont 3 en Ligue des Champions, alors qu’il découvre lui aussi un tout nouveau championnat et une toute nouvelle équipe. Ils continuent donc à marquer, parce que c’est leur métier, ce qu’ils savent faire. Ils seraient d’ailleurs bien utiles dans de nombreux clubs qui souffrent d’un manque d’efficacité à force de demander à leurs attaquants d’aller au four et au moulin. Leurs anciens clubs en tête. La Juve ne trouve pas de successeur au départ de Trezegol, surtout après la blessure de Quagliarella. Le Real Madrid a dû se résoudre à enrôler Adebayor au mercato d’hiver pour pallier à la blessure d’Higuain et le manque d’efficacité de Benzema. Pas sûr que le Togolais soit une solution salvatrice. Arsenal, également, a tendance à dominer sans « tuer » ses matchs, n’en déplaise à Van Persie, excellent attaquant au demeurant. Enfin, au PSG, Guillaume Hoarau est idoine dans le rôle de pivot, mais craque souvent dans le dernier geste, où planait l’aigle Pauleta il y a quelques années.

Mais l’évolution est ainsi. Trezeguet s’y résout : « Si l’avant-centre classique doit laisser sa place à des joueurs de ce genre [Messi et Cristiano Ronaldo], alors d’accord, ça ne me pose pas de problème. (…) Ils cherchent toujours le but. » Des buts, on en verra toujours. Des Trezeguet, certainement pas. Au revoir messieurs, et merci !
MR.
Déclarations Trezeguet : SO FOOT n°80, Octobre 2010 / Batistuta et Ancelotti : Champions Magazine Issue 27 February-March 2008
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23 réflexions sur “La fin des « buteurs-nés » ?

  1. Voilà un article extrêmement bien documenté. Il pourrait prendre place dans l’Equipe ou France Football, si ces journeaux prenaient un peu de hauteur. MR montre de grandes connaissances. Lecture Du Jeu est un excellent concept. Cet article montre l’évolution actuelle du football et de ses attaquants. J’attends avec impatience le prochain article.

  2. On notera d’ailleurs souvent le côté énervant, iritant de ce genre de joueur, Inzaghi en tête. Je me surprends souvent à râler contre ces joueurs qui n’ont qu’à laisser trainer un pied pour que le ballon, degagé à toute hâte par un gardien pressé, soit contré par leurs lacets et termine mollement sa course dans le petit filet opposé en passant d’abord entre les jambes du défenseur resté sur sa ligne. Rageant….

  3. Bon article.

    Mais je ne suis pas si convaincu que ça par son sujet.

    La disparition de l’avant-centre n’est pas une certitude. On pourrait en citer des tas. Gomez au Bayern. Di Vaio, Matri, Pazzini, Di Natale en Italie. Etc…

    C’est surtout la L1 qui en est en manque.

    Mais bon, c’est vrai que les très grands clubs ont tendance à s’en passer.

      • Je rejoins le rédacteur sur ce point. Autant Gomez et Di Vaio sont des purs renards de surface, autant les autres beaucoup moins. Di Natale est un attaquant de soutien (style Baggio ou Del Piero), Pazzini est plus un pivot capable de servir de relais à ses coéquipiers, Matri je l’ai découvert récemment donc je ne peux pas trop juger…

  4. bastituta « modèle » de renard des surfaces ? c’est plutôt un bon vieux patator ce que ne sont pas forcément les trezeguet, et (surtout) raul et inzaghi

  5. Je suis en partie d’accord avec l’article, mais seulement en partie. En effet, je ne considère pas Raul comme un renard de surface, mais plutôt comme un deuxième attaquant, libre de ses mouvements, capable de tourner autour de l’avant-centre comme c’est le cas actuellement avec Huntelaar et comme c’était le cas à l’époque au Real avec Morientes. Un profil très différent d’un Trezeguet ou d’Inzaghi.
    Néanmoins, on ne peut pas nier que ce genre de joueurs est en voie de disparition. Les clubs privilégient des attaquants complets capables de créer le danger et de participer au jeu.
    Par contre, il faut se demander pourquoi cette évolution ? Selon moi, elle est irrémédiablement liée à la disparition des n°10 classiques (Zidane, Rui Costa) capables d’organiser le jeu et de délivrer des « caviars » aux renards de surface. Par exemple, en EdF, Zidane a distribué beaucoup de passes décisives à Trezeguet, ce qui n’est pas le cas d’Henry (une seule sur coup-franc contre le Brésil en 2006). Dans le football moderne, il reste très peu de ce genre de joueurs (Snejder, Kaka, Gourcuff). Aujourd’hui quasi-toutes les grandes équipes jouent en 4-3-3 (Barcelone, Chelsea, Arsenal, Bayern, parfois Man Utd) qui prône une participation au jeu des trois joueurs offensifs. Il n’y a donc pas de place pour un n°10 ni; celui qui organise le jeu maintenant c’est le relayeur (Xavi, Lampard). qui doit également participer à une multitude de tâches défensives et est donc positionné plus bas sur le terrain.

  6. Vraiment bon article. Il faut bien noter que dans les tactiques modernes, on demande beaucoup aux défenseurs latéraux, qui en plus de bloquer leur couloir, doivent l’utiliser pour apporter leur contribution offensive. Ainsi, ils en arrivent souvent à centrer tandis que les aillés ont repiqués dans l’axe pour apporter leur présence dans la surface. Dans ce cas, plus besoin de buteurs purs dans les grandes équipes où l’attaquant de pointe est dégalement estiné a aller chercher ses ballons plus bas. On cherche alors plus une bonne technique, une bonne conservation du ballon ou encore une bonne frappe au 25 mètres qu’une excellente finition.

  7. Très bon article.Mais même si on ne peut citer tout le monde, les attaquants brésiliens manquent à cet article. Comment ne pas citer notre bon vieux Romario, Ronaldo (Il phenomeno, juste rapidement cité et qui vient de prendre sa retraite), Pato, Robinho, ….
    D’accord ou pas avec ton article, on voit que ceux que tu appelles les buteurs nés n’ont, excepté erreur de ma part, finalement jamais reçu le ballon d’or. Est ce une raison de leur manque de spectacle?

    Question à l’expert: Dans quelle catégorie d’attaquants rentre Matt Moussilou et Dagui Bakari…..

  8. Philou,

    Je suis d’accord avec toi, la disparition des vrais n°10 est également un facteur de la fin imminente des renards des surfaces. Ces derniers ont souvent besoin que l’équipe tourne autour d’eux afin de recevoir de bons ballons, d’où la nécessité d’avoir des excellents passeurs tels les n°10 (mais aussi des Nedved, Beckham ou Pirlo par exemple). C’est d’ailleurs pour cela que Ferguson a souhaité se séparer de Van Nistelrooy, car le jeu de Manchester était devenu trop stéréotypé autour du Batave. C’est donc surtout, comme je le disais et comme tu l’expliques aussi, l’évolution tactique (passage répandu en 4-3-3 effectivement) et les nouvelles exigences du jeu (vitesse, technique, mobilité…) qui poussent ce genre d’attaquant vers la sortie.

    Merci pour ce type de commentaires très constructifs.

  9. jb,

    Pour ce qui est de mon avis, c’est vrai que les buteurs-nés ont rarement été élus Ballons d’Or, une distinction qui a souvent été délivré à des joueurs créateurs, spectaculaires, qui inventaient le jeu et le football, principalement des milieux offensifs / attaquants de soutien (Platini, Gullit, Baggio, Zidane, Rivaldo, Ronaldinho et aujourd’hui Messi ou Cristiano Ronaldo). L’aspect spectaculaire et le flair ont toujours joué un rôle primordial dans l’esprit du jury. Cependant, on peut retrouver quelques purs renards de surface dans l’histoire du Ballon d’Or: Gerd Müller en 1970 qui marquait tous ses buts dans les 6 mètres (j’exagère à peine !), Paolo Rossi en 1982 qui a fait de la Squaddra Azzura la championne du monde avec un profil assez similaire à Pippo Inzaghi, par exemple. Romario aurait certainement gagné le Ballon d’Or en 1994 si un non-européen pouvait y prétendre (finalement c’est l’année d’après que la règle permettant à des non-Européens jouant en Europe d’être élu a fait jour).

  10. Article intéressant et pertinent, il me parait également intéressant de signaler que la plus grande injustice du Ballon d’Or a été d’en priver Raul en 2000, cela l’a discrédité, à mes yeux. J’aimerai ajouter deux buteurs majuscules à la liste, le spectaculaire Hugo Sanchez plusieurs fois Pichichi, recordman de la Liga et le Chilien Ivan Zamorano.

    • Guinoa,

      L’année 2000 c’est surtout l’année de Zidane, l’année où la France a été championne d’Europe et pratiquait un football merveilleux. Mais un coup de boule en Ligue des Champions l’a privé de cette récompense. Raul avait aussi fait une belle saison avec la Ligue des Champions gagnée au Stade de France.
      Finalement c’est Figo qui l’a remporté avec aucun titre au palmarès cette année-là…

    • C’est sûr, il l’aurait mérité à un moment donné de sa carrière. Mais y a tellement d’autres grands joueurs qui ne l’ont jamais eu alors qu’ils étaient au-dessus du lot: Puskas, Maldini, Bergkamp, Henry, Del Piero, etc. Tout le monde ne peut pas gagner…

  11. Excellent article basé sur un sujet intéressant et pourvu de très bons exemples et de bonnes sources. De plus, les commentaires amènent une expertise étayée comme le prouve le post de Philou (très pertinent d’associer la « mort » des N°9 avec celle des N°10).

    Toutefois, pour ma part, je mettrai un bémol à la mort des N°9 car il en existe encore à mes yeux. Pazzini, Huntelaar, Llorente sont encore des buteurs-nés, à savoir pas extravagants mais d’une précision inégalable. Cependant, ils ne réussissent généralement pas à s’affirmer réellement dans de grands clubs. Pazzini n’a rejoint l’Inter qu’après avoir maltraiter les défenses pendant de nombreuses années. Huntelaar retrouve un petit peu d’efficacité avec Schalke et surtout les Pays-Bas alors qu’au Real et à Milan, il n’a jamais vraiment réussi à s’imposer. Pour Llorente, il va bientôt, je le pense, arriver dans un grand club. On verra à ce moment là, l’efficacité qu’il aura. On peut aussi pensé à Luis Fabiano qui n’a réussi qu’à être flamboyant qu’à Séville.

    Cependant, j’ai dit que ce n’était qu’un bémol car il est vrai que ce type d’attaquant se fait de plus en plus rare. Il m’est difficile de me souvenir instinctivement de joueurs au profil similaire (il doit y en avoir pour sûr mais je ne les ai pas tous ^^). Je parlerais donc pas de fin ou de mort pour ces attaquants mais d’agonie.

  12. Article intéressant et agréable à lire.
    Mario Jardel a selon moi été oublié dans cette liste, certes non-exhaustive.

  13. Les commentaires lient cette « mort » par la fin des N° 10 mais peut-on aussi relier la fin des buteurs nés par une évolution des défenseurs centraux? En terme athlétique ou physique notamment. Les DC sont de plus en plus des gabaris difficile à « bouger » comme on dit dans le jargon et souvent dépassés par la vitesse ou la technique des attaquants. La défense a du s’adapter aux attaques… Nombreux sont les défenseurs latéraux qui offrent une solution offensive _ comme la évoqué Saturday Comes _ à l’origine certains sont des ailiers et ne sont pas des modèles de replacement en défense (Alves par exemple). Beaucoup d’équipes ont aussi recyclé leurs défenseurs latéraux en centraux notamment à cause de la vitesse qui se perdait pour pouvoir lutter à la jeune génération : Thuram, Puyol, Carragher sont des défenseurs droits à la base. On peut aussi noter les milieux défensifs qui dépannent leur club au centre de la défense comme Essien à Chelsea ou M’bia à Marseille (plus qu’un dépannage !). C’est la qualité athlétique, le jeu un peu rude sur l’homme qui fait que les buteurs nés même si certains restent efficaces ne peuvent rester sans bouger en attendant un ballon… D’où l’explosion des « créateurs » plutot que des N°10, des attaquants plus complets avec de la vitesse et une qualité technique permettant de dribbler les défenseurs plus aisément.

    • Je suis tout à fait d’accords avec JoBe.

      L’évolution du niveau de performance des défenseurs centraux ces dernières années peuvent expliquer la disparition des « renards de surface. »

      Aujoud’hui plus que jamais, le DC se doit d’être une machine « imprenable »: jamais batu dans un duel Physique, plus rapide que le vent, bien placé tactiquement et sans aucun déchet technique (soit par capacité soit par sobriété). résultat : Vidic, Kompany, Picqué, Puyol, Lucio, Terry, Ferdinand…. Et même dans les équipes plus modestes, Il y a de moins en moins de « tanches » en défense centrale.

      Ce qui tend à disparaître, ce sont moins les « vrais buteurs nés » que les espaces dans les 16 m, les relances hasardeuses, le marquage lâche…autant d’occasions en moins pour les rodeurs de surfaces.

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